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Nicolas Duffaure
© Nicolas Duffaure

Les plus belles églises de Bordeaux

Les églises de Bordeaux sont indissociables du panorama urbain. Majestueuses et imposantes, parfois cachées et discrètes au premier abord, elles regorgent pourtant toutes d’innombrables trésors et d’anecdotes historiques. Pour plonger dans le passé lointain de la ville ou vous émerveiller devant leurs somptueux décors, il suffit de lever le regard et pousser leurs portes. Suivez-nous pour découvrir la ville, d’église en église, et plongez dans les coulisses de sept édifices aussi emblématiques que surprenants.

Eglise Saint-Pierre

Où ? Place Saint-Pierre
Epoque ? XVe- XVIe-XIXe siècles
Style ? Gothique dit « tardif » ou gothique flamboyant

L’église Saint-Pierre est établie sur les boues de l’ancien port antique à l’embouchure du ruisseau de la Devèze, une rivière souterraine qui file aujourd’hui sous la rue du Cancéra. Elle s’ouvre sur la place par un portail du milieu du XVe siècle décoré par de délicates statues d’anges, de prophètes et d’apôtres. Dans la partie droite, Saint-Jacques le Majeur reconnaissable par son chapeau à large bord, orné de la coquille, signe de ralliement des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle nous montre de sa main droite le chemin…

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Eglise Saint-Pierre - crédit : OTCBM

A l’intérieur, trois nefs gothiques transportent le visiteur vers le chœur restauré, éclairé par de hautes fenêtres de style flamboyant dont les verrières du maître bordelais Joseph Villiet (1823-1877) proviennent de l’ancienne chapelle de l’hôpital Saint-Jacques rue du Mirail. Ces vitraux sont consacrés à la Vie de Saint-Pierre et l’Assomption de la Vierge. Une clef pendante polychrome représente l’apôtre Saint-Pierre tenant dans sa main droite la clef du paradis.

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Vitraux de l'église Saint-Pierre - crédit : David Remazeilles

Curiosité de cette église : des éléments provenant d’un retable baroque démonté du XVIIe siècle décorent l’abside et les nefs latérales : les statues de Saint-Pierre et Saint-Paul, un panneau en bois doré représentant Le Père Eternel et une toile peinte par Pierre Nantiac en 1664 Jésus remettant les clefs de l’Eglise à Saint-Pierre (dans les fonds baptismaux). Près de l’église en 1832 fut découvert le célèbre Hercule de Bordeaux en bronze visible dans les collections du musée d’Aquitaine.

Eglise Saint-Paul-François-Xavier

Où ? Rue des Ayres
Epoque ? XVIIe siècle
Style ? Jésuite
Architecte ? Mathurin Biziou

En 1662, les jésuites achètent les bâtiments et dépendances de la « mairerie ». Un nom étrange qui désignait la résidence du maire, autrement dit son logement de fonction. C’est à cet emplacement que fut construit cet édifice achevé en 1676, une des plus grandes églises jésuites françaises, et première du monde à porter le nom de l’évangélisateur de l’Orient.

Sa façade répond aux schémas des églises de cette compagnie à savoir un rez-de-chaussée rythmé par des pilastres corinthiens et au second niveaux des ailerons et fronton triangulaire. L’intérieur reflète la même rigueur : voûtes d’arêtes, arcades, hautes baies inscrites dans les murs, chapelles communicantes. Une coupole devait surmonter la cinquième travée.

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Eglise Saint-Paul-François-Xavier - crédit : LoÏc Graniczny

La décoration intérieure est unique !  La Merveille se trouve au fond de la nef : un retable précédé par un baldaquin soutenu par des colonnes de porphyre conçu par le bordelais Pierre Vernet précède le groupe sculpté L’Apothéose de saint François-Xavier réalisé par Guillaume Coustou. Le saint est représenté en extase sur un nuage porté par des angelots dans la tradition baroque

Une autre petite merveille vous attend dans le transept où un triptyque est dédié au Miracle  de Saint-Antoine à Verceil peint par l’artiste bordelais Emile Brunet en 1923.

En 2006, le sculpteur Jean-François Buisson imagine un lustre monumental de fer et de verre pour illuminer la croisée du transept. Comme des encensoirs, de larges coupelles naviguent autour d’une sphère.

Curiosité de l'église : dans une cour du couvent des dominicains, sur le flanc gauche de l’église se cache un vestige de la « mairerie ». Montaigne y séjourna lors de son mandat. De cette époque, une tour haute de 15 mètres éclairée par des baies géminées s’élève au milieu d’immeubles sans caractère. Dans la première cour une galerie sur trois niveaux est un des rares exemples d’architecture civile de la Renaissance.

Eglise Notre-Dame

Où ? Place du Chapelet
Epoque ? XVIIe siècle
Style ? Baroque et classique
Architecte ? Pierre-Michel Duplessy

La chapelle et le couvent des Dominicains situés au Moyen Age en bordure des allées de Tourny furent rasés en 1678 car dans la zone de tir du château Trompette. Les travaux de reconstructions du couvent se poursuivirent jusqu’en 1707. Pendant la Révolution l’église perdit son vocable de Saint-Dominique et devint le Temple de la Raison et de l’Etre Suprême.

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Eglise Notre-Dame Bordeaux - crédit : Nicolas Duffaure

Sa façade richement ornementée s’organise autour d’un avant-corps central encadré par deux ailerons à volutes. Obélisques, pots à feu, boules, colonnes et pilastres corinthiens accentuent sa verticalité dans un mouvement d’élévation propre au style baroque. Sa richesse est renforcée par un décor abondant de bas-reliefs, statues, motifs ornementaux. Au-dessus de la porte d’entrée un bas-relief représente la Vierge remettant le rosaire à saint Dominique encadrée par les statues en pied des docteurs de l’Eglise (saints Ambroise, Grégoire, Jérôme et Augustins) refaites en 1867 par le sculpteur bordelais Edmond Prévôt.

A cette surabondance de sculptures s’oppose un intérieur à l’architecture sobre : la nef à vaisseau unique est bordée par une succession de chapelles latérales. Seule la stéréotomie virtuose du buffet d’orgue avec ses encorbellements, ses balcons sur trompe et ses grilles en fer forgé apportent un effet ostentatoire.

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Intérieur de l'église Notre-Dame Bordeaux - crédit : Nicolas Duffaure

Le mobilier est un des plus homogène et des plus somptueux des églises de la ville : frère Jean André signe la plupart des peintures dans les chapelles ; Jean-Baptiste Péru sculpte en 1751 le magnifique maître autel en marbre blanc ; les grilles en fer forgé du serrurier bordelais Jean Moreau montrent une remarquable maîtrise de l’art de la ferronnerie.

Les peintures murales de Raymond Caze, (un élève d’Ingres), ornent superbement les murs du chœur. Sur le flanc droit de l’église s’étend une partie de l’ancien couvent des dominicains dont le cloître et la salle capitulaire.

Basilique Saint-Michel et sa flèche

Où ? Place Duburg
Epoque ? XIVe- XVe-XVIe siècle
Style ? Gothique flamboyant
Architecte ? Jean Lebas

Cette grande église dédiée à l’archange saint-Michel est une des plus vastes de Bordeaux. Elle renferme une étonnante densité d’œuvres d’art grâce au financement des bourgeois du quartier mais surtout des corporations qui élevèrent quatorze chapelles le long des bas-côtés de l’église. Parmi les bienfaiteurs on trouve des merciers, des couvreurs, des marins, des mesureurs de sel, des pèlerins, des charpentiers et des marchands.

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Basilique de Saint-Michel et sa flèche - crédit : David Remazeilles

La statuaire est riche : une piéta du XVe siècle, une déposition de croix, la statue de Sainte-Ursule et des onze mille vierges sans oublier le retable de la chapelle Saint-Joseph incrusté de plusieurs panneaux d’albâtre, eux aussi de la fin du XVe siècle.

L’ensemble des vitraux soufflés par les bombes de la dernière guerre, ont été remplacés dans les années 50-60 par les mains de Max Ingrand et et Gérad Lardeur. Mille caresses bleu, rouge et orangées fusionnent pour le plaisir des yeux !
 

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Basilique Saint-Michel - crédit : Frédéric Deval

Curiosité de l'église : la Flèche et les momies

Bâtie du XIVème au XVIème siècle, la basilique Saint-Michel de Bordeaux partage avec la cathédrale Saint-André la particularité d’être dotée d’un clocher indépendant du sanctuaire. Sa flèche fut édifiée à la fin du XVe siècle sur un ancien charnier "le carney de Sent Miqueu" où furent installées en ronde macabre à la fin du XVIIIe siècle des momies exhumées du cimetière situé à l’entour.

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Les momies de Saint-Michel - crédit : Musée d'Aquitaine

Par leurs figures crispées ces corps desséchés hanteront longtemps l’imagination des bordelais et des touristes. Ces momies (elles étaient près de 70) ont attiré des milliers de visiteurs dont quelques écrivains illustres comme, Victor Hugo, Gustave Flaubert, Théophile Gautier ou plus près de nous Ferdinand Céline. On pouvait voir « L’enterré vivant », « la famille empoisonnée par les champignons », « L’africaine », un général tué en duel, etc …

Cette ronde macabre prit fin en 1990. Un audiovisuel reconstitue la genèse de cette exhibition dont beaucoup de bordelais ont gardé le souvenir.

Eglise Sainte-Croix

Où ? Place Renaudel
Epoque ? XIe-XIIe-XIXe siècles
Style ? Roman et néo-roman
Dimensions : 56 m x 18,45 m

Le Saint-Germain-des-Prés bordelais disent certains auteurs... À l’instar du quartier parisien tout le quartier est construit sur l’emprise d’un grand monastère fondé à la fin du Xe siècle : l’école des Beaux-Arts sur les anciens bâtiments conventuels, le théâtre du port de la Lune au nord sur l’ancien cimetière et le conservatoire Jacques-Thibaut sur le potager des moines…

Malgré les transformations réalisées en 1860 par un architecte plutôt conservateur, la façade occidentale de cette église témoigne de l’apogée du monastère bénédictin fondé près des berges vaseuses de la Garonne. Un programme iconographique très animé déroule les thèmes traditionnels des vieillards de l’Apocalypse, les travaux des mois, les signes du Zodiaque et les surprenants Tireurs de corde.

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Eglise Sainte-Croix - crédit : Pierre Violet

D’autres authentiques vestiges de cette importante abbaye sont visibles dans les constructions modernes : la belle fontaine du jardin des moines s’appuie toujours sur le morceau d’enceinte de la ville et une galerie du XVIIe siècle sert de rez-de-chaussée à l’école des Beaux- Arts.

De l’austérité de son intérieur quelques œuvres d’art surgissent de l’ombre : deux toiles de Guillaume Cureau, l’une représentante Saint Maur guérissant un paralytique, l’autre Saint Mommolin apaisant un possédé (1647).

Le chef-d’œuvre de cette église est incontestablement l’orgue de Dom Bedos de Celles, construit en 1748 avec son buffet rocaille polychrome restauré en 2001.  

Curiosité de l'église : en autres trésors, l’église Sainte-Croix abrite les reliques de Saint-Mommolin – alias Mommelin ou Mont-Molin. C’est sur le tombeau de ce saint guérisseur que les malades mentaux gagnaient une lucidité retrouvée. L’affaire n’avait rien d’une médecine douce : dix prières quotidiennes pendant onze jours et onze nuits pendant que les « fous furieux » jeûnaient au pain et à l’eau, enchainés au tombeau à toutes fins utiles.

Cathédrale Saint-André

Où ? Place Pey-Berland
Epoque ? XIe-XIIIe -XIVe-XVIe siècles
Style ? Gothique rayonnant
Architecte ? Jean Deschamps

La cathédrale Saint-André n’a pas les dimensions des grandes cathédrales d’Ile-de-France comme Amiens, Chartres ou Reims, cependant son aspect hétérogène a quelque chose d’inattendu et de singulier. Consacrée en 1096 par le pape Urbain II, ses murs ont vu en 1137 le mariage d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII, le futur roi de France puis cinq siècles après, l’union d’Anne d’Autriche et Louis XIII.

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Cathédrale Saint-André - crédit : Nicolas Duffaure

Pendant la Révolution elle deviendra un magasin à fourrage… triste destinée pour ce monument qui eut à subir un incendie dévastateur au XIXe siècle. Si bien que son mobilier fut reconstitué avec les dépouilles d’autres églises paroissiales.

Au XIXe siècle l’architecte Paul Abadie  construit des sacristies sur l’ancien cloître gothique démoli lors des travaux de dégagements de l’édifice. Isolée de l’édifice, la tour-clocher construite en 1440 à l’initiative de l’archevêque Pey-Berland, échappe de justesse à la démolition après la révolte de la gabelle. Une grande statue dorée, Notre-Dame d’Aquitaine, est installée au XIXe siècle à son sommet.

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Tour clocher de la cathédrale Saint-André - crédit : Nicolas Duffaure

Le Portail Royal

Dans une pénombre moins humide qu’elle ne le fut, enserré entre le contrefort « dit de Gramont » et une sacristie du XIXe siècle, s’ouvre le majestueux Portail Royal construit vers 1250 dans la pure tradition des grands chantiers du gothique français de l’Ile-de-France et du Nord.

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Tympan du portail nord de la cathédrale Saint-André - crédit : Juan Carlos Munoz

Depuis plus d’un siècle, les ouvertures avaient été murées laissant le visiteur dans une impression d’insatisfaction. Elles étaient utilisées au temps où le bâtiment de l’archevêché était collé à la cathédrale. En 2014, les deux vantaux de bois furent installés et un important travail de restauration de la statuaire permit de retrouver quelques traces de polychromie qu’un enduit ocre avait recouvert au XIXe siècle. Le bleu du tympan a pu être conservé et la couleur de certains yeux comme ceux du Christ sont encore visibles. Selon les chercheurs du CNRS tous les vêtements des personnages devaient être blancs. Seuls les liserés et doublures devaient être en couleur, ainsi que la robe du Christ.

Basilique Saint-Seurin et sa nécropole romaine

Où ? Place des Martyrs-de-la-Résistance
Epoque ? XIVe- XVe-XVIe siècle
Style ? Romane et gothique

L’antiquité est présente au cœur de la ville à travers les vestiges du premier cimetière chrétien de Bordeaux resté en fonction pendant près de quatorze siècles. Inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco, au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, la basilique Saint-Seurin est reconnu pour être le plus ancien berceau du christianisme bordelais.

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Basilique Saint-Seurin - crédit : Nicolas Duffaure

C’est au milieu de cette ancienne nécropole, à l’aube du VIe siècle, que les convertis installent une première église et qu’un sanctuaire souterrain renfermant les pseudo-restes des corps de Saint-Seurin, quatrième évêque de la ville, commencent à attirer de très nombreux fidèles. Un premier et vaste édifice roman agrandi à l’époque gothique fut peu à peu élaboré par les entreprenants chanoines de la collégiale. Ils s’entourent d’un riche mobilier notamment de plaques d’albâtres qui racontent la légende dorée de saint Seurin et de saint Martial, évangélisateur de la province.

Nécropole romaine

La nécropole romaine située à l’extérieur de l’église près du portail sud, est encore visible sous la place des Martyrs-de-la Résistance. Les fouilles effectuées en 1910 ont mis au jour entre autres curiosités archéologiques, des structures de pierre, un ancien enclos funéraires, des mausolées jadis à l’origine habillés de marbres et décorées de fresques, des amphores décalottées dans lesquelles étaient inhumées des jeunes enfants, des sépultures sous tuiles ainsi que des sarcophages en pierre calcaire et marbre pour les plus puissants.

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Amphores dans la nécropole romaine de Saint-Seurin - crédit : Marie-Alix Dagry

Curiosité de l'église : A l’attrait scientifique de ces fouilles s’ajoute l’attrait de la légende dorée puisque c’est dans cette nécropole que les cœurs des preux de Charlemagne auraient été enterrés. Ce serait enfin sur l’autel de la basilique Saint-Seurin que Charlemagne aurait déposé l’olifant de Roland en rentrant d’Espagne. L’importance monumentale du cimetière Saint-Seurin, cité à l’égal des Alyscamps d’Arles, est également signalée dans une chanson de geste du XIIIe siècle.

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