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David Remazeilles
© David Remazeilles

Bordeaux et l'amour : histoires coquines

L’histoire de Bordeaux réserve quelques anecdotes croustillantes qui n’ont rien à envier aux esprits les plus libertins d’aujourd’hui. Moines coquins, nudités joyeuses, cupidons et pècheresses… Partez à leur rencontre en suivant ce parcours résolument sexy ! Vous serez surpris de retrouver l’amour partout dans les rues de la ville. Et puisque la Saint-Valentin approche, profitez de cette balade en amoureux pour déclarer votre flamme. Cupidon n’attend que vous !

Bordeaux et l'amour...toujours

L’amour a fait couler beaucoup d’encre… les anciennes allées d’Amour aussi ! Chacun y va de son explication sur l’origine de ce nom, le glossaire onomastique prend de l’épaisseur. C’est l’occasion de faire le point sur cette charmante appellation disparue en 1946, pour s’appeler place des Martyrs-de-la Résistance.

C’est au XVIIIe siècle qu’est aménagée une sage promenade d’arbres plantés sur quatre rangs, baptisée par le menu (bon) peuple allée Damour. Contrairement à une légende, nul chanoine n’est à l’origine de ce nom. Plus vraisemblablement, l’allée a été ainsi appelée au moment où des guinguettes se sont installées dans le quartier, dévolue alors aux plaisirs de la chair.

Un cabaret très fréquenté sous la Révolution appelé « L’île d’Amour » lui aurait donné son nom.  Au grand dam du chapitre de Saint-Seurin, l’amour et ses pratiques étaient très présents autour de la basilique, lieu de rendez-vous où évoluaient en 1794 plus de 150 « amoureuses professionnelles ». La rue Saint-Fort, adjacente, ne s’appelait-elle pas antérieurement rue de la Putoye…Tout un programme 

quartier Saint-Seurin Bordeaux
photo : Nicolas Duffaure

Moines coquins

À quelques pas, l’église Saint-Seurin conserve quelques étonnantes sculptures. Les moins connues du public sont certainement les miséricordes autour du maître-autel. La plupart de ces motifs sculptés au XVIe siècle sont des scènes observées « sur le vif », mêlées à une série d’illustrations vivantes de proverbes et de dictons populaires.

Les ecclésiastiques accordaient semble-t-il peu d’importance au monde caché des miséricordes, ce qui expliquerait une certaine liberté de choix dans les sujets parfois obscènes ou paillards. La plus licencieuse est certainement celle du « bouffe-cul », deux moines, un les fesses à l’air, s’apprêtent à goûter aux plaisirs interdits. Elle met le doigt sur l’homosexualité masculine courante dans les monastères.

histoire de Bordeaux
photo : Richard Zéboulon 

Péché capital

La façade de l’église romane Sainte-Croix a gardé sur une de ses voussures du XIIe siècle cinq personnages féminins dénommés « femmes aux serpents ».

Un oreiller placé sous la tête de ces dames laisse présager des ébats langoureux. Leur poitrine laisse échapper des mamelles auxquelles serpents et crapauds viennent s’allaiter. Des êtres démoniaques au corps de momies égyptiennes sont les partenaires désirés de ces grandes pécheresses.

Rien d’étonnant dans ces représentations, car pour les moines la femme était presque aussi redoutable que le démon ! 

église Sainte-Croix Bordeaux
photo : Pierre Violet

Les seins des Grâces

Le 29 juin 1854, pour décorer le centre de la place de la Bourse le conseil municipal de Bordeaux accepte le projet de fontaine du sculpteur Ludovico Visconti. En mai 1869, les trois divinités de bronze sont solennellement dévoilées.

Comme il était coutume à l’époque on demanda au prêtre de la paroisse du quartier de bénir le monument. « J’aurai préféré bénir les statues de saints plutôt que les seins des statues ! » aurait confié le curé de l’église Saint-Pierre peu habitué à bénir des femmes aux rondeurs gracieuses. C’est probablement au même moment qu’est née la légende de voir dans les Trois Grâces les portraits de l’impératrice Eugénie, la reine Victoria et Isabelle d’Espagne.

Fointaine des trois Grâces Bordeaux
photo : Nicolas Duffaure


 

L’amour à fleur de pierre

En parcourant la ville, nombreuses sculptures évoquent par leurs sujets ou leur qualité plastique les grâces de l’amour et une part d’érotisme. Place Gambetta, sur une façade un mascaron représente Cupidon symbole de l’amour chez les romains. Il envoie des flèches censées être les pointes du désir dans le cœur des dieux et des hommes. Selon la mythologie, quiconque est touché par les flèches de Cupidon tombe amoureux de la première personne qu'elle voit à ce moment-là. 

Cupidon - mascaron Gambetta Bordeaux
photo : Richard Zéboulon

Sur la fontaine de la place Amédée-Larrieu de Raoul Verlet (1900) se dresse la Ville de Bordeaux, une jeune femme sensuelle et gracieuse alors que traditionnellement l’allégorie des villes est représentée sous les traits de nobles matrones.  

Fontaine place Amédée-Larrieu
photo : Richard Zéboulon

Au Jardin public Gaston Leroux sculpte en 1903 une presque vénus au bain offrant une grappe au savant chimiste Alexis Millardet.

sculpture de Gaston Leroux au jardin public Bordeaux
photo : Richard Zéboulon

Au pied de la colonne du monument aux Girondins paradent poitrines généreuses trois figures féminines symbolisant Bordeaux entre la Garonne et Dordogne. Deux d’entre elles caressent un cygne d’une blancheur immaculé, symbole de la lumière masculine fécondatrice.

La présence du cygne nous renvoie sans détours à l’histoire de Léda et le cygne... Petit clin d’œil malicieux de son sculpteur, Alchille Dumilâtre.

Détail du monument aux Girondins Bordeaux
photo : Richard Zéboulon

Quand les voiles se soulèvent

Sur les terrasses du Jardin public le groupe de Pierre Granet, Jeunesse et Chimère (1875) provoque les émois de l’adolescent François Mauriac. Un jeune homme la pose abandonnée, chevauche une Chimère dénudée à l’anatomie d’une animalité plutôt masculine. L’ambigüité du sujet produit sur le futur poète et romancier un éveil au mystère des pulsions amoureuses.

statues au jardin public Bordeaux
photo : Richard Zéboulon

Dressée sur le podium de l’entrée de la faculté de médecine et pharmacie place de la Victoire, une allégorie de La Nature dans une nudité joyeuse se dévoile devant La Sciences. Ce numéro de strip-tease montre combien l’art du XIXe siècle savait insuffler un brin d’érotisme sous le couvert de l’académisme.

statue devant la faculté de médecine Bordeaux
photo : Richard Zéboulon